Aller directement à l’article

Cabinet Mélusine Astrologie, dates en main

Astrologie & débats

Réponses à un astronome anti-astrologue : les objections, point par point

Six objections d’astronomes, des plus faibles aux plus sérieuses, et ce qu’une astrologue peut y répondre sans esquiver.

Par Mélusine · revu le 19 octobre 2026

Gravure coloriée du bâtiment principal d’Uraniborg, l’observatoire de Tycho Brahe

Planche : Willem Blaeu, d’après Tycho Brahe, CC BY-SA 4.0

Les objections d’un astronome à l’astrologie se rangent en deux familles. Les premières sont astronomiques : la précession, Ophiuchus, la faiblesse de la gravitation planétaire. Les astrologues y répondent assez facilement, parce qu’elles visent une astrologie qu’ils ne pratiquent pas. Les secondes sont statistiques : les tests en double aveugle et les études sur de grands effectifs. Là, l’astronome marque des points, et autant le dire franchement.

Objection Fait astronomique ou statistique Réponse des astrologues
Le zodiaque a glissé Précession d’environ 1° tous les 72 ans Le zodiaque tropical suit les saisons, pas les étoiles
Il y a treize constellations Le Soleil traverse Ophiuchus fin novembre-mi-décembre Les signes sont des secteurs de 30°, pas des constellations
Mars n’a aucune force Attraction de Mars comparable à celle d’une personne proche L’astrologie ne repose pas sur la gravitation
Les jumeaux n’ont pas la même vie Étude des « jumeaux de temps » (Dean et Kelly, 2003) Un thème décrit des tendances, pas une biographie
Pas de maisons au-delà du cercle polaire Placidus devient incalculable aux hautes latitudes Maisons égales ou maisons-signes
Les tests sont négatifs Carlson, Nature, 1985 ; réplication CFEPP, 1996 Contestations de protocole, réanalyse d’Ertel (2009)

« Votre zodiaque a glissé » : la précession

L’argument : à cause de la précession des équinoxes, le Soleil n’est plus devant la constellation du Bélier le 21 mars, mais devant celle des Poissons. C’est exact. L’axe de la Terre décrit un cône en environ 25 800 ans, ce qui fait reculer le point vernal (la position du Soleil à l’équinoxe de printemps) d’à peu près 50 secondes d’arc par an, soit 1° tous les 72 ans. Hipparque a décrit le phénomène vers 129 avant notre ère. Aujourd’hui, l’écart entre signes et constellations atteint environ 24°.

La réponse est connue depuis Ptolémée : au IIe siècle, la Tétrabible fait partir les signes des équinoxes et des solstices. Le Bélier commence quand le Soleil franchit l’équateur céleste au printemps, quelle que soit l’étoile derrière lui. Le zodiaque occidental est tropical, donc saisonnier. L’astrologie indienne, elle, utilise un zodiaque sidéral calé sur les étoiles. L’objection ne frappe aucune des deux : chacune sait ce qu’elle mesure. C’est l’objection que je trouve la plus faible ; le décalage signe par signe est détaillé avec ce qui distingue astrologie et astronomie.

Ophiuchus, le prétendu treizième signe

Les frontières officielles des constellations ont été tracées par l’Union astronomique internationale en 1930, d’après le travail d’Eugène Delporte. Avec ces frontières, l’écliptique traverse treize constellations, dont Ophiuchus (le Serpentaire), que le Soleil parcourt du 30 novembre au 17 décembre environ. Les constellations sont d’ailleurs très inégales : le Soleil passe une semaine devant le Scorpion et plus de six devant la Vierge.

Les astrologues répondent que les douze signes sont des divisions égales de 30°, qui n’ont jamais coïncidé avec les frontières de 1930. L’idée d’un treizième signe circule depuis le livre de Steven Schmidt, Astrology 14, en 1970, et revient dans la presse à chaque fois qu’un astronome la mentionne, comme Parke Kunkle en 2011.

Mars pèse moins que l’accoucheur

L’argument physique est le plus ancien. Paul Couderc, astronome à l’Observatoire de Paris, le développait dès 1951 : la lumière des planètes est surtout du Soleil réfléchi, leur rayonnement propre est infime, et un mur l’arrête. Pour la gravitation, un calcul simple montre qu’une personne de 70 kg située à 50 cm d’un nouveau-né exerce une attraction du même ordre que Mars au plus près de la Terre.

La réponse des astrologues est que leur discipline ne repose pas sur une force physique. Kepler cherchait déjà une explication par les angles et l’harmonie, pas par une poussée. Je trouve cette réponse cohérente, mais elle a un prix : si aucun mécanisme n’est proposé, la seule façon de juger l’astrologie devient l’observation de ses résultats. Ce qui mène aux deux dernières objections.

Jumeaux, cercles polaires et planètes découvertes tard

Les vrais jumeaux ont presque le même thème et des vies différentes. Geoffrey Dean et Ivan Kelly ont publié en 2003 une étude sur environ 2 100 personnes nées début mars 1958, suivies sur plus de cent variables (intelligence, anxiété, taille, poids) : la ressemblance n’augmentait pas quand les heures de naissance se rapprochaient. Les astrologues répondent qu’un thème décrit des tendances que l’éducation et les choix modulent. La réponse est recevable, mais elle affaiblit la précision qu’on prête à l’heure de naissance quand on calcule un ascendant.

Au-delà des cercles polaires, Couderc notait que l’écliptique peut se confondre avec l’horizon. Les systèmes de maisons comme Placidus (qui découpe le ciel selon le temps que met chaque degré à monter) deviennent alors incalculables. Les astrologues utilisent dans ce cas les maisons égales ou les maisons-signes, mais l’objection montre que le choix d’un système de maisons astrologiques reste une convention.

Uranus (1781), Neptune (1846) et Pluton (1930, reclassé planète naine en 2006) ont été découverts tard. Les astrologues répondent que la tradition fonctionnait avec sept astres et que les nouveaux corps ont été intégrés après observation. C’est vrai, et c’est aussi un aveu : leur signification a été construite après coup.

Les tests statistiques : là où l’astronome marque des points

En septembre 1975, la revue The Humanist publie « Objections to Astrology », un texte rédigé à l’initiative de l’astronome Bart Bok et signé par 186 scientifiques, dont 18 prix Nobel. Carl Sagan refusa de signer, jugeant le ton autoritaire, et le philosophe Paul Feyerabend en fit en 1978 une critique sévère. Le texte s’appuyait sur l’autorité plus que sur des données.

Les données sont venues ensuite. En 1985, Shawn Carlson publie dans Nature un test en double aveugle : 28 astrologues ne parviennent pas à apparier des thèmes à des profils de personnalité mieux que le hasard. En 1996, le Comité français pour l’étude des phénomènes paranormaux (CFEPP) publie sa réplication de l’effet Mars de Gauquelin sur plus de 1 000 sportifs, sans retrouver l’effet. Suitbert Ertel a contesté en 2009 l’analyse de Carlson et trouvé un résultat positif marginal, sans prétendre démontrer l’astrologie.

Sur ce terrain, la relecture d’Ertel rend le verdict de Carlson moins net sans le retourner, et la réplication du CFEPP reste négative. On peut discuter les protocoles, pas effacer les résultats. L’astrologie se présente donc plus honnêtement comme un langage symbolique que comme une science expérimentale.

Astronomes et astrologie : les questions qui reviennent

Pourquoi les astronomes rejettent-ils l’astrologie ?

Ils lui reprochent l’absence de mécanisme physique connu et des résultats négatifs aux tests statistiques, comme l’étude de Carlson en 1985. Les arguments de la précession et d’Ophiuchus sont plus populaires mais moins solides, car le zodiaque tropical ne prétend pas suivre les constellations.

Mon signe a-t-il changé à cause de la précession ?

Non, en astrologie occidentale. Le zodiaque tropical part de l’équinoxe de printemps, défini par les saisons. Votre signe ne bouge pas ; seule la constellation située derrière le Soleil a changé, d’environ 24° depuis l’Antiquité.

Ophiuchus est-il un vrai signe du zodiaque ?

C’est une constellation que le Soleil traverse du 30 novembre au 17 décembre environ, selon les frontières de 1930. Ce n’est pas un signe : les signes sont douze secteurs égaux de 30°, indépendants des frontières des constellations.

Kepler était-il astrologue ?

Oui. Johannes Kepler dressait des horoscopes et publia en 1601 De fundamentis astrologiae certioribus, où il voulait réformer l’astrologie en la fondant sur les aspects. Il en critiquait une bonne partie tout en défendant l’idée d’une correspondance entre ciel et vie humaine.