Astrologie politique : prédictions célèbres, réussites et ratés
Cycles Jupiter-Saturne, indice cyclique, astrologues de palais : ce que l’astrologie politique a annoncé avant les faits, et où elle s’est trompée.
Par Mélusine · revu le 19 octobre 2026
L’astrologie politique, qu’on appelle aussi astrologie mondiale, a un bilan mêlé : quelques prévisions publiées des années à l’avance qui ont frappé, comme celles d’André Barbault sur 1989, et des ratés spectaculaires, du déluge annoncé pour 1524 à l’élection américaine de 2016. Mensonge ? Le mot ne convient pas : les astrologues publient leurs prévisions, on peut donc les vérifier. Le vrai problème est ailleurs, dans la facilité à relire l’histoire après coup. Je juge l’astrologie politique sur une seule règle : ce qui a été écrit avant.
Les cycles lents, matière de l’astrologie mondiale
L’astrologie mondiale ne lit pas le thème d’une personne mais les cycles entre planètes lentes, mesurés d’une conjonction à la suivante (deux planètes au même degré, le premier des aspects astrologiques). Ptolémée lui consacre le deuxième livre de la Tétrabible au IIe siècle. Au IXe siècle, l’astrologue persan Abu Ma’shar bâtit une théorie de l’histoire sur les conjonctions de Jupiter et Saturne, reprise ensuite dans toute l’Europe médiévale.
| Cycle | Durée moyenne | Lecture traditionnelle |
|---|---|---|
| Jupiter-Saturne | 19,86 ans | Cycles politiques et économiques, « grandes conjonctions » |
| Saturne-Neptune | environ 36 ans | Idéologies, utopies collectives (lecture de Barbault) |
| Saturne-Uranus | environ 45 ans | Tension entre ordre établi et rupture |
| Uranus-Neptune | environ 171 ans | Grands basculements culturels |
| Neptune-Pluton | environ 492 ans | Changements de civilisation |
Ces cycles sont astronomiquement exacts. La question est de savoir si l’histoire s’y accorde. Pour la méthode côté individuel, on retrouve la même logique dans les transits planétaires et les prévisions sur deux ans.
Les prévisions qui ont porté
André Barbault (1921-2019) reste la référence française. Dans Les Astres et l’Histoire, paru en 1967, il signale la réunion de Saturne, Uranus et Neptune à la charnière du Sagittaire et du Capricorne en 1988-1989, et y voit un moment décisif pour les deux superpuissances. Il associait le cycle Saturne-Neptune à l’histoire du communisme : conjonctions de 1917 (révolution d’Octobre), de 1952-1953 (mort de Staline) puis de 1989. Le mur de Berlin tombe en novembre 1989.
Barbault utilisait aussi l’indice cyclique, mis au point par Henri-Joseph Gouchon dans les années 1930-1940 : on additionne les écarts angulaires entre les cinq planètes lentes, de Jupiter à Pluton. Un indice bas signale des planètes concentrées, que Barbault associait aux crises. En 2011, dans sa revue L’Astrologue, il écrivait qu’une nouvelle pandémie pourrait menacer en 2020-2021, période du point le plus bas de l’indice au XXIe siècle.
Les critiques répondent que des politologues annonçaient aussi l’usure du bloc soviétique, et que les épidémiologistes alertaient depuis des années sur les pandémies. Autre point faible : le creux de l’indice en 1982-1983 n’a pas produit de conflit comparable à celui de 1914, même si l’on y place la guerre des Malouines et la crise d’Able Archer de novembre 1983.
Les ratés documentés
Le plus célèbre date de 1499. Dans un almanach publié avec Jacob Pflaum, l’astronome Johannes Stöffler annonce pour février 1524 une série de conjonctions dans les Poissons, signe d’eau, et un déluge. Plus d’une centaine de pamphlets reprennent la prédiction. Février 1524 passe sans déluge.
Plus près de nous, la « malédiction de l’an zéro » : les présidents américains élus en 1840, 1860, 1880, 1900, 1920, 1940 et 1960 sont tous morts en fonction. Des astrologues l’ont reliée aux conjonctions Jupiter-Saturne qui tombent tous les vingt ans environ, en signe de terre à l’époque. Ronald Reagan, élu en 1980 sous une conjonction en Balance, survit à l’attentat de 1981. Ils ont alors invoqué le changement d’élément. Mais George W. Bush, élu en 2000 sous une conjonction en Taureau, signe de terre, achève ses deux mandats. Le schéma ne tient pas.
En octobre 2016, lors du congrès de l’International Society for Astrological Research à Costa Mesa, en Californie, deux panels de six astrologues chacun donnent Hillary Clinton gagnante, selon le Los Angeles Times. Donald Trump est élu le mois suivant. Après le scrutin, l’astrologue américain Chris Brennan a analysé publiquement son erreur et envisagé d’avoir travaillé sur de mauvais thèmes pour les deux candidats, les heures de naissance étant discutées.
Les astrologues dans les palais
L’astrologie politique ne se limite pas aux prévisions publiques. En 1988, l’ancien chef de cabinet Donald Regan révèle dans ses mémoires, For the Record, que Nancy Reagan faisait vérifier l’agenda présidentiel par une astrologue de San Francisco, Joan Quigley. Celle-ci publie sa version en 1990 et affirme avoir choisi l’heure de signature du traité sur les forces nucléaires intermédiaires, en décembre 1987.
En France, Élizabeth Teissier raconte dans Sous le signe de Mitterrand (1997) ses entretiens avec François Mitterrand entre 1989 et 1995, sur la guerre du Golfe ou le changement de Premier ministre. Mazarine Pingeot a contesté l’importance que l’astrologue leur prêtait. Dans ces deux cas, on sait qu’un astrologue a été écouté, pas qu’il a eu raison.
Mensonge, biais ou méthode : ma lecture
Je ne parle pas de mensonge : les astrologues mondiaux publient, et c’est ce qui permet de les juger. Le biais, en revanche, est réel. Avec cinq planètes lentes et une dizaine de cycles, on trouve toujours une configuration à associer à un événement après coup. Une « prédiction » citée sans sa date de publication ne prouve rien.
Les prévisions qui méritent l’attention donnent une période, un domaine et un sens, comme le faisait Barbault. Elles prennent un risque, et ce risque les rend discutables. Reste à savoir si leurs réussites dépassent ce qu’un bon analyste aurait annoncé sans astrologie : quelques succès frappants, au milieu de dizaines de prévisions publiées, ne permettent pas de le dire. Les objections de méthode d’un astronome posent le même problème sous un autre angle, et l’histoire de l’astrologie en donne l’arrière-plan.
URSS, Trump, Mitterrand : qui a annoncé quoi
Quel astrologue a prédit la chute de l’URSS ?
On cite surtout André Barbault. Dans Les Astres et l’Histoire (1967), il désignait la conjonction de Saturne, Uranus et Neptune en 1988-1989 comme un tournant pour les deux superpuissances. Il ne datait pas l’effondrement de l’URSS, achevé en décembre 1991.
Qu’est-ce que l’indice cyclique en astrologie ?
C’est la somme des écarts angulaires entre Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune et Pluton. Mis au point par Henri-Joseph Gouchon et repris par Barbault, il est lu comme un baromètre : bas, il signale une période de crise ; haut, une période de détente.
Les astrologues avaient-ils prédit l’élection de Trump en 2016 ?
Pas ceux du congrès de l’ISAR : en octobre 2016, les douze astrologues de deux panels y donnaient Hillary Clinton gagnante, selon le Los Angeles Times. Certains ont ensuite mis en cause les heures de naissance utilisées pour les candidats.
Mitterrand avait-il une astrologue ?
Élizabeth Teissier affirme l’avoir rencontré régulièrement entre 1989 et 1995 et l’a raconté dans Sous le signe de Mitterrand en 1997. L’influence réelle de ces entretiens sur ses décisions reste discutée.