Les « enfants du Soleil » : les études de naissance et leur réception
Les natifs d’un même astre se ressemblent-ils ? Gauquelin, Eysenck, Carlson, les « jumeaux temporels » : soixante-dix ans d’études de naissance et leurs résultats, favorables ou non.
Par Mélusine · revu le 19 octobre 2026
Les « enfants du Soleil », dans le vocabulaire astrologique, sont ceux que la tradition place sous l’autorité d’un astre : nés avec le Soleil fort, ou sous le signe du Lion qu’il gouverne. Depuis les années 1950, la question a été portée sur le terrain statistique : les personnes nées sous le même astre se ressemblent-elles assez pour qu’on le mesure ? Les résultats sont contrastés. Michel Gauquelin a publié des effets planétaires chez des professionnels éminents, mais rien pour les signes ni pour le Soleil. Les études sur le signe solaire ont donné des résultats nuls ou expliqués autrement. Le test de Shawn Carlson, en 1985, a conclu à l’échec des astrologues, avant d’être relu par Suitbert Ertel en 2009.
Une vieille idée : les « enfants des planètes »
L’expression vient de loin. Au XVe siècle, gravures et livres de maison représentent les « enfants des planètes » : sous chaque astre, les métiers et les tempéraments qu’il gouverne. Sous Mars, les soldats ; sous Saturne, les paysans et les prisonniers ; sous le Soleil, les souverains et les gens de cour. Ptolémée, au IIe siècle, rattachait déjà les qualités de l’âme aux planètes dominantes du thème (le contexte est retracé dans l’histoire de l’astrologie). L’idée est simple : un astre fort à la naissance imprime sa marque, et cette marque doit se retrouver dans une vie.
C’est exactement ce que les études de naissance ont voulu vérifier. La différence avec la tradition tient à la méthode : on ne lit plus un thème, on compte des milliers de dates.
L’hérédité planétaire de Gauquelin : une piste qui s’éteint
Michel Gauquelin (1928-1991), psychologue et statisticien, est surtout connu pour l’effet Mars chez les champions sportifs. Son deuxième grand dossier concerne la famille. Dans L’Hérédité planétaire (1966), il compare plus de 15 000 couples parent-enfant. Quand un parent est né avec la Lune, Vénus, Mars, Jupiter ou Saturne dans un secteur clé, juste après le lever ou la culmination (le découpage est expliqué dans l’article sur les secteurs de Gauquelin), l’enfant aurait tendance à présenter la même planète en position comparable. Vénus donne l’effet le plus net.
Deux points comptent pour la suite. D’abord, rien pour le Soleil, ni pour Mercure, Uranus, Neptune ou Pluton, et rien pour les signes ou les aspects : les « enfants du Soleil » ne sortent pas de ces données. Ensuite, la réplication. En 1976, sur 18 298 nouvelles comparaisons, l’effet tombe à la moitié de sa force initiale. En 1984, sur 33 120 comparaisons, il disparaît. Gauquelin reliait cet effacement à la multiplication des accouchements déclenchés et des césariennes, qui décalent l’heure de naissance.
Les astrologues relèvent volontiers des répétitions dans les thèmes d’une même famille : mêmes planètes angulaires, mêmes signes accentués. Les critiques répondent qu’un effet minuscule, de l’ordre de 0,02 en taille d’effet, qui s’évanouit quand l’échantillon grossit, ressemble à un faux positif. Sur ce dossier, je trouve leur argument difficile à écarter.
Le signe solaire à l’épreuve des chiffres
Au sens courant, les enfants du Soleil sont les natifs d’un signe solaire, celui des douze signes du zodiaque où se trouvait le Soleil à la naissance. C’est l’astrologie des magazines, et c’est elle qu’on a le plus testée.
| Étude | Année | Échantillon | Résultat |
|---|---|---|---|
| Mayo, White et Eysenck | 1978 | 2 324 adultes | signes impairs (feu, air) un peu plus extravertis ; écart faible mais significatif |
| Pawlik et Buse | 1979 | étudiants de Hambourg | l’écart suit ce que les sujets savent de leur signe |
| Eysenck et Nias | 1982 | plus de 1 000 enfants | aucun effet chez des sujets qui ignorent l’astrologie |
| Dean et Kelly | 2003 | plus de 2 000 personnes nées à Londres début mars 1958 | aucune ressemblance sur une centaine de variables |
| Hartmann, Reuter et Nyborg | 2006 | plus de 4 000 puis plus de 11 000 personnes | aucun lien entre date de naissance, personnalité et intelligence |
Le cas Mayo-White-Eysenck est le plus instructif. Le résultat allait dans le sens de la tradition : les signes de feu et d’air, dits masculins ou positifs, donnaient des scores d’extraversion plus élevés. Pawlik et Buse ont ensuite montré que l’écart suivait la connaissance que les sujets avaient de leur signe : on se décrit comme son signe est censé être. Chez des enfants, ou chez des adultes qui ignorent l’astrologie, l’effet s’évanouit. Les psychologues parlent d’auto-attribution, et c’est l’explication la plus économique.
L’étude des « jumeaux temporels » de Geoffrey Dean et Ivan Kelly, publiée dans le Journal of Consciousness Studies, vise plus large que le signe. Des personnes nées à quelques minutes d’intervalle partagent presque tout leur thème, Ascendant compris. Suivies de l’enfance à l’âge adulte dans une étude médicale, elles ne se ressemblent pas plus que des inconnus. C’est, à mes yeux, l’objection la plus sérieuse du lot.
Carlson 1985 : le double aveugle et sa relecture
Le 5 décembre 1985, la revue Nature publie « A double-blind test of astrology » du physicien Shawn Carlson. Le protocole a été discuté avec des astrologues du National Council for Geocosmic Research, qui ont choisi le questionnaire de personnalité, le California Psychological Inventory (CPI), et jugé le test équitable avant de le passer. Vingt-huit astrologues reçoivent des thèmes natals ; pour chacun, trois profils CPI, dont un seul est le bon. Le hasard donne un tiers de réussite. Les astrologues font à peu près le hasard, et leur degré de confiance n’y change rien. Carlson conclut que le résultat « réfute clairement » l’hypothèse astrologique.
En 2009, le psychologue allemand Suitbert Ertel reprend les données dans le Journal of Scientific Exploration. Il reproche à Carlson d’avoir découpé l’analyse en sous-échantillons au lieu de tester l’ensemble. Recalculé, le choix entre trois profils donne un résultat à la limite de la significativité (p = 0,054) ; la notation sur dix points prévue par le protocole donne p = 0,04. Ertel ne conclut pas que l’astrologie est validée, seulement que le verdict négatif n’est pas justifié par les propres données de Carlson.
Je trouve cet échange plus honnête, des deux côtés, qu’on ne le dit. Carlson a associé des astrologues au protocole ; Ertel, qui n’était pas astrologue, s’est contenté de refaire les calculs. Le test laisse donc la question ouverte : un effet faible, mesuré sur vingt-huit astrologues, ne permet de conclure ni pour ni contre.
Soixante-dix ans d’études : le bilan
Les études de naissance ont surtout testé ce que les astrologues font le moins : lire un facteur isolé. Un signe solaire, une planète dans un secteur, c’est une pièce du thème, pas une lecture. Quand on donne aux astrologues le thème entier, comme chez Carlson, les résultats restent faibles. Je ne vais pas prétendre le contraire.
Deux conséquences en découlent. Ne fondez rien sur le seul signe solaire : de Mayo à Hartmann, les résultats vont dans le même sens, et le signe lunaire ou l’Ascendant pèsent autant dans un portrait. Et prenez les critiques au sérieux plutôt que de les balayer : leurs arguments appellent une réponse précise, point par point, comme dans mes réponses à un astronome anti-astrologue et dans le débat entre astro-symbolisme et Union rationaliste. L’astrologie que je pratique est une lecture symbolique ; elle ne gagne rien à ignorer les chiffres qui existent.
Études de naissance et astrologie : les points qui reviennent
Qui sont les enfants du Soleil en astrologie ?
Ce sont, dans la tradition, les personnes placées sous l’influence du Soleil : nées avec un Soleil dominant dans le thème, ou natives du Lion, signe qu’il gouverne. Les gravures des « enfants des planètes », au XVe siècle, leur associaient les souverains et les gens de cour.
Une étude scientifique a-t-elle confirmé l’astrologie des signes ?
Non. L’écart observé par Mayo, White et Eysenck en 1978 s’explique par l’auto-attribution, et l’étude de Hartmann, Reuter et Nyborg (2006), sur plus de 15 000 personnes au total, ne trouve aucun lien entre date de naissance et personnalité. Les résultats discutés de Gauquelin portent sur des planètes en mouvement diurne, pas sur les signes.
Qu’a montré l’expérience de Carlson en 1985 ?
Vingt-huit astrologues devaient associer des thèmes natals au bon profil de personnalité parmi trois. Leur taux de réussite est resté proche du hasard, un sur trois. En 2009, Suitbert Ertel a recalculé les données et obtenu un résultat faiblement positif, sans conclure pour autant à une validation.
Les personnes nées le même jour ont-elles le même caractère ?
L’étude de Geoffrey Dean et Ivan Kelly sur plus de 2 000 Londoniens nés début mars 1958, souvent à quelques minutes d’intervalle, n’a trouvé aucune ressemblance particulière sur une centaine de variables. Les astrologues répondent qu’un thème se lit aussi avec l’histoire de la personne.