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Astrologie & débats

Michel Gauquelin et l’effet Mars : l’étude qui divise encore

Mars juste levé ou juste culminé chez 22 % des grands champions : le résultat de Gauquelin, ses répliques belge, américaine et française, et ce qu’on en sait aujourd’hui.

Par Mélusine · revu le 19 octobre 2026

Gravure coloriée du bâtiment principal d’Uraniborg, l’observatoire de Tycho Brahe

Planche : Willem Blaeu, d’après Tycho Brahe, CC BY-SA 4.0

L’effet Mars désigne le résultat publié par Michel Gauquelin à partir de 1955 : les grands champions sportifs naissent plus souvent que prévu quand Mars vient de se lever ou de culminer. Environ 22 % d’entre eux ont Mars dans ces « secteurs clés », contre 17 % attendus par le hasard. Trois comités sceptiques, belge, américain et français, l’ont testé entre 1967 et 1996. Le premier l’a retrouvé, le deuxième non, le troisième a obtenu 18,7 %, trop près du hasard pour conclure. Depuis, la discussion porte surtout sur la qualité des données de Gauquelin.

Le résultat de départ : 2 088 champions et deux secteurs

Michel Gauquelin (1928-1991), formé en psychologie et en statistique, travaille dès les années 1950 avec Françoise Gauquelin, sa femme. Il relève dans l’état civil les heures de naissance de professionnels réputés : médecins, militaires, scientifiques, acteurs, sportifs. Pour chaque naissance, il calcule la position de Mars dans son mouvement diurne, découpé en 12 ou 36 secteurs. Le détail du découpage fait l’objet de l’article sur les secteurs clés et les maisons ; il suffit ici de savoir que les secteurs clés couvrent la zone juste après le lever et celle juste après la culmination.

Dans L’Influence des astres (1955), puis Les Hommes et les astres (1960), il publie ses résultats. Sur un échantillon de 2 088 champions, Mars occupe un secteur clé dans 22 % des cas. L’attente théorique, deux secteurs sur douze, est de 16,7 % ; corrigée des facteurs astronomiques et démographiques, elle tourne autour de 17 %. Mars n’est pas seul : Jupiter ressort chez les acteurs, Saturne chez les scientifiques et les médecins, la Lune chez les écrivains. Rien, en revanche, pour le Soleil, Mercure, Uranus, Neptune et Pluton.

Test Années Champions Mars en secteur clé Attendu
Gauquelin 1955-1960 2 088 22 % environ 17 %
Comité Para (Belgique) 1967, publié en 1976 535 22,24 % environ 17 %
Test Zelen (non-champions témoins) 1976-1977 303 environ 17 % chez les témoins confirme l’attente
CSICOP (États-Unis) 1979-1980 408 13,5 % environ 17 %
CFEPP (France) 1982-1996 1 120 18,66 % environ 17,7 %

Belgique et États-Unis : Comité Para, test Zelen, CSICOP

Le premier test indépendant vient de Belgique. Le Comité Para, comité belge pour l’investigation scientifique des phénomènes réputés paranormaux, réunit en 1967 un échantillon de 535 champions : 119, soit 22,24 %, ont Mars en secteur clé. Le chiffre retrouve celui de Gauquelin. Les critiques notent que 473 de ces 535 données avaient été fournies par Gauquelin lui-même. Le comité ne publie ses conclusions qu’en 1976, en invoquant des « erreurs démographiques » non précisées ; l’un de ses membres, Luc de Marré, démissionne en signe de protestation. En 1983, les sceptiques américains Abell, Kurtz et Zelen reconnaissent dans le Skeptical Inquirer que l’objection démographique ne tenait pas.

En 1976, le statisticien Marvin Zelen propose dans The Humanist un contrôle direct : comparer des champions à des non-champions nés aux mêmes dates et dans les mêmes lieux, pour mesurer le taux attendu sans calcul théorique. Les Gauquelin mènent le test sur 303 champions et publient fin 1977 : chez les témoins, Mars tombe en secteur clé dans environ 17 % des cas, ce qui confirme leur attente. Le débat se déplace alors vers l’échantillon, notamment vers 42 champions parisiens comparés à des naissances d’un seul arrondissement.

Le CSICOP, comité sceptique américain fondé en 1976, lance ensuite son propre test sur 408 champions américains. Publié dans le Skeptical Inquirer en 1979-1980, il donne 55 champions, soit 13,5 %, avec Mars en secteur clé : résultat négatif. Gauquelin conteste un échantillon qui inclut des basketteurs et des sportifs nés après 1950. L’astronome Dennis Rawlins, membre du conseil du CSICOP, juge l’affaire mal conduite et publie son récit, « sTARBABY », dans le magazine Fate en 1981.

Le test français du CFEPP : 18,66 %

En France, le Comité français pour l’étude des phénomènes paranormaux (CFEPP) adopte en 1982 un protocole accepté par Gauquelin : des champions tirés de dictionnaires sportifs, au moins 1 000 noms. Un rapport préliminaire de 1990 porte sur 1 066 champions. Les résultats complets, connus en 1994, sont publiés en 1996 sous le titre The Mars Effect: A French Test of Over 1,000 Sports Champions, avec un commentaire du mathématicien néerlandais Jan Willem Nienhuys. Sur 1 120 champions, 209, soit 18,66 %, ont Mars en secteur clé, pour une attente d’environ 17,7 %. L’écart n’est pas significatif. Le comité conclut à l’absence d’effet Mars et attribue les résultats de Gauquelin à des biais dans la sélection de ses données.

Ertel, l’éminence et les explications concurrentes

Le psychologue allemand Suitbert Ertel, de l’université de Göttingen, n’est pas astrologue. À partir de 1988, il classe les champions selon leur notoriété, mesurée par le nombre de dictionnaires sportifs qui les citent, et observe que l’effet Mars croît avec l’éminence. Il reproche au CFEPP d’avoir inclus trop d’athlètes moyens et retenu une attente trop élevée ; regroupés par niveau de notoriété, les champions français feraient, selon lui, réapparaître l’effet. Il défend cette lecture avec Kenneth Irving dans The Tenacious Mars Effect (1996).

Les critiques avancent deux explications. Geoffrey Dean suggère que des parents ont pu déplacer l’heure déclarée de naissance avant que les médecins ne la notent systématiquement, après 1950 ; selon lui, une erreur de ce type sur 3 % de l’échantillon suffirait à produire l’effet. Nienhuys relève de son côté que Gauquelin signalait les erreurs de données de façon asymétrique : parmi les écarts entre ses fiches et l’état civil, il a rapporté les 20 qui jouaient en faveur des secteurs clés et aucun des 17 qui jouaient contre. Gauquelin n’est plus là pour répondre : il est mort en 1991, et ses archives ont disparu.

Un résultat solide et contesté à la fois

L’effet Mars est le résultat le plus solide jamais publié en faveur d’un lien entre position planétaire et vocation, et l’un des plus contestés. Les deux sont vrais en même temps. Je n’en tire pas une validation de l’astrologie : Gauquelin ne trouvait rien pour les signes ni pour les aspects, et il a lui-même attaqué l’astrologie traditionnelle dans Songes et mensonges de l’astrologie (1969). Je n’en tire pas non plus une fraude : les explications par les biais de collecte sont plausibles, pas démontrées. Sur la réalité statistique de l’effet, les trois comités ont rendu trois verdicts différents et Ertel en propose un quatrième : affirmer que le dossier est clos, dans un sens comme dans l’autre, va plus loin que les chiffres.

Pour la pratique, je garde une règle simple : une planète juste après l’Ascendant ou le Milieu du Ciel compte, même quand la domification la range en maison XII ou IX. Mars, maître traditionnel du Bélier et du Scorpion, reste la planète de l’effort physique dans la lecture des affinités sportives des signes. Le dossier montre aussi autre chose : sceptiques et chercheurs favorables ont parfois travaillé sur des protocoles communs, ce qui reste rare. Pour la suite du débat, voir les autres études de naissance, les objections d’un astronome et la place de Gauquelin dans l’histoire de l’astrologie.

Effet Mars : ce qu’on en sait aujourd’hui

Qu’est-ce que l’effet Mars de Gauquelin ?

C’est la surreprésentation, chez les grands champions sportifs, des naissances avec Mars juste après son lever ou sa culmination. Gauquelin a publié environ 22 % de champions dans ces secteurs clés, contre 17 % attendus.

L’effet Mars a-t-il été reproduit ?

En partie. Le Comité Para a retrouvé 22,24 % en 1967, mais sur des données en grande partie fournies par Gauquelin. Le test américain du CSICOP (13,5 %) et le test français du CFEPP (18,66 % pour 17,7 % attendus) n’ont pas confirmé l’effet. Suitbert Ertel soutient qu’il réapparaît chez les champions les plus éminents.

Michel Gauquelin était-il astrologue ?

Non. Psychologue et statisticien, il rejetait les signes et l’astrologie traditionnelle, qu’il a critiqués dans Songes et mensonges de l’astrologie en 1969. Il ne défendait que les effets planétaires liés au mouvement diurne.

Gauquelin a-t-il trouvé des effets pour d’autres planètes ?

Oui : Jupiter chez les acteurs, Saturne chez les scientifiques et les médecins, la Lune chez les écrivains. Il n’a rien trouvé pour le Soleil, Mercure, Uranus, Neptune et Pluton.