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Cabinet Mélusine Astrologie, dates en main

Astrologie & débats

Le test de Carlson, 1985 : le protocole, le résultat, les critiques

C'est l'étude que l'on brandit pour clore la discussion, dans un sens comme dans l'autre. Elle mérite d'être lue en entier : son protocole est soigné, et son analyse a été contestée sur des points précis.

Par Mélusine

Gravure coloriée du bâtiment principal d’Uraniborg, l’observatoire de Tycho Brahe

Planche : Willem Blaeu, d’après Tycho Brahe, CC BY-SA 4.0

En décembre 1985, la revue Nature publie un article intitulé « A double-blind test of astrology », signé Shawn Carlson, alors étudiant en physique à Berkeley. Quarante ans plus tard, c’est encore la référence que l’on cite pour clore une discussion. Elle le mérite en partie : son protocole a été négocié en amont avec des astrologues, ce qui est rare. Elle ne le mérite pas entièrement : son analyse a fait l’objet de contestations techniques qu’on cite beaucoup moins.

Le protocole

Vingt-huit astrologues, recommandés par des organisations professionnelles américaines et européennes comme comptant parmi les meilleurs praticiens disponibles, acceptent de participer. Cent soixante-dix-sept sujets sont recrutés ; chacun remplit un questionnaire de personnalité standardisé, le California Psychological Inventory, instrument alors largement utilisé.

Le test comporte deux volets. Dans le premier, chaque astrologue reçoit le thème natal d’un sujet et trois profils CPI : celui du sujet et deux pris au hasard. Il doit désigner lequel correspond au thème, puis classer les trois et attribuer une note de confiance. Dans le second volet, ce sont les sujets eux-mêmes qui doivent reconnaître, parmi trois interprétations astrologiques, celle établie pour eux.

Le double aveugle est réel : ni les astrologues ni l’expérimentateur manipulant les données ne savent quelle association est la bonne. Les astrologues ont approuvé le dispositif avant le début, et ont annoncé par avance le taux de réussite qu’ils attendaient — la moitié des cas, là où le hasard en donne un tiers.

Le résultat publié

Les astrologues désignent le bon profil dans une proportion compatible avec le hasard, soit environ un cas sur trois. Les sujets ne font pas mieux pour reconnaître leur propre interprétation. Carlson conclut que l’hypothèse astrologique est clairement réfutée par le test.

Les critiques, et ce qu’elles valent

Plusieurs réanalyses ont été publiées depuis, la plus détaillée étant celle du psychologue allemand Suitbert Ertel en 2009, dans le Journal of Scientific Exploration. Les reproches portent sur quatre points.

Le découpage des données. Carlson analyse séparément des sous-groupes et applique des seuils qui n’étaient pas ceux annoncés dans le protocole préalable. Pour Ertel, cette liberté prise après coup fait perdre de la puissance statistique.

Les notes de classement, ignorées. Les astrologues ne se contentaient pas de désigner un profil : ils classaient les trois et notaient leur confiance. En reprenant ces données graduées plutôt que le seul premier choix, Ertel trouve un écart faible mais positif en faveur des astrologues. L’écart reste modeste et ne suffirait pas à valider la discipline.

Le CPI comme instrument de comparaison. Rien ne garantit qu’un inventaire de personnalité mesure les mêmes dimensions que celles décrites par un thème. Un échec peut venir de l’inadéquation des deux langages plutôt que de la fausseté de l’un des deux.

Les sujets eux-mêmes échouent. Le second volet est le plus embarrassant pour tout le monde : les sujets ne reconnaissent pas davantage leur propre portrait, ce qui rejoint ce qu’avait établi l’expérience de Forer et complique l’interprétation du premier volet.

Où en est le dossier

Honnêtement : le test de Carlson n’a pas démontré que l’astrologie fonctionne, et les réanalyses n’en font pas une victoire. Ce qu’il a établi, c’est qu’un groupe d’astrologues réputés, placés dans un protocole qu’ils avaient accepté, n’ont pas atteint le taux de réussite qu’ils annonçaient. C’est un résultat réel et il pèse.

Ce qu’il n’a pas établi, c’est l’inverse de ce qu’on lui fait souvent dire : que toute correspondance entre position céleste et trait mesurable soit exclue. Un seul protocole, avec un seul instrument de personnalité, ne couvre pas cette question — et c’est précisément le point que le dossier Gauquelin aborde par un tout autre chemin, celui des statistiques de naissance sur de grands effectifs.

Je ne connais aucune étude qui règle la question dans un sens ou dans l’autre, et les deux camps citent les mêmes deux dossiers depuis quarante ans. C’est un point que la rubrique débats reprend article par article, sans conclure plus vite que les données ne le permettent.

Le test de Carlson a-t-il été publié dans une revue sérieuse ?

Oui, dans Nature, en décembre 1985, l’une des revues scientifiques les plus exigeantes. C’est ce qui lui a donné son poids, et c’est aussi ce qui a rendu les réanalyses ultérieures difficiles à faire entendre, puisqu’elles ont paru dans des revues bien moins lues.

Les astrologues avaient-ils accepté le protocole ?

Oui, en amont, par l’intermédiaire des organisations qui les avaient recommandés, et ils avaient annoncé leurs attentes de réussite avant le début. C’est le point fort de l’étude : on ne peut pas lui opposer que les conditions auraient été imposées de l’extérieur.

Existe-t-il des tests plus récents ?

Plusieurs travaux ont suivi, sur des échantillons souvent plus petits et avec des protocoles variés ; aucun n’a atteint la notoriété de celui-ci. L’état du dossier n’a pas changé de façon décisive depuis quarante ans, ce qui est en soi une information.