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Cabinet Mélusine Astrologie, dates en main

Planètes & aspects

Les orbes : à partir de quand un aspect compte

Deux planètes ne forment presque jamais un angle exact. L'orbe est la marge qu'on accepte avant de dire que l'aspect existe — et selon la table choisie, un même thème peut compter du simple au double d'aspects.

Par Mélusine

Planche coloriée du système de Copernic, avec les orbites des planètes

Planche : Andreas Cellarius, Harmonia Macrocosmica (1660), CC BY-SA 4.0

Un carré, c’est 90°. Dans un thème réel, on trouve 87°, 93°, parfois 96°. La question se pose donc tout de suite : à partir de quel écart cesse-t-on de parler d’un carré ? Cette marge porte un nom, l’orbe, et c’est le réglage le plus discret et le plus décisif de toute la lecture. Deux astrologues qui utilisent des orbes différents ne voient pas le même thème.

Les valeurs courantes

La pratique moderne attache l’orbe à l’aspect. Les tables varient d’un auteur à l’autre ; voici les fourchettes les plus répandues, celles que proposent par défaut la plupart des logiciels.

Aspect Angle Orbe courante
Conjonction 0° 8 à 10°
Opposition 180° 8 à 10°
Trigone 120° 6 à 8°
Carré 90° 6 à 8°
Sextile 60° 4 à 6°
Quinconce 150° 2 à 3°
Semi-carré, sesqui-carré 45° et 135° 2°

Deux corrections sont admises par presque tout le monde. Le Soleil et la Lune reçoivent un ou deux degrés de plus que les autres, parce qu’ils dominent la carte. Et un aspect impliquant un angle — l’ascendant ou le Milieu du Ciel — se resserre, parce que l’heure de naissance, souvent approximative, les déplace vite.

La méthode ancienne : l’orbe appartient à la planète

Avant que l’orbe ne soit attachée à l’aspect, elle était attachée à la planète. Chaque corps traînait avec lui un rayon de lumière, son moiety, et deux planètes étaient en aspect quand leur distance tombait sous la demi-somme de leurs deux rayons. Les valeurs classiques, telles qu’on les trouve chez les auteurs médiévaux : Soleil 15°, Lune 12°, Mercure et Vénus 7°, Mars 8°, Jupiter et Saturne 9°.

Un carré Soleil-Saturne tolérait donc (15 + 9) ÷ 2 = 12°, tandis qu’un carré Mercure-Vénus se limitait à 7°. Cette logique a un mérite : elle rend compte du fait qu’une conjonction du Soleil se sent de plus loin qu’une conjonction de Mercure. Elle a un défaut : elle multiplie les aspects larges dans les cartes chargées en luminaires.

Applicatif ou séparatif

Plus utile encore que la valeur de l’orbe : son sens de variation. Un aspect est applicatif quand la planète rapide se rapproche de l’angle exact, séparatif quand elle s’en éloigne. La tradition considère l’applicatif comme le plus agissant : ce qui est en train de se faire pèse plus que ce qui est fait. C’est aussi ce qui donne leur mordant aux transits, où l’aspect se forme sous nos yeux.

Concrètement, dans une carte natale, un carré Mars-Saturne à 2° d’orbe applicatif et le même à 7° séparatif ne se lisent pas pareil. Le premier organise la vie, le second laisse une trace.

Mon réglage, et pourquoi

Je travaille serré : 8° pour la conjonction et l’opposition, 6° pour le trigone et le carré, 4° pour le sextile, 2° pour tout le reste, avec un degré de plus pour les luminaires. Les aspects que je retiens en priorité sont ceux sous 3°, et je ne commente jamais un aspect mineur au-delà de 2°.

La raison est simple : au-delà d’une certaine largeur, la table d’aspects d’un thème devient un filet si dense que n’importe quelle planète est reliée à n’importe quelle autre, et l’interprétation finit par justifier ce qu’elle veut. Je déconseille donc les orbes larges aux débutants, non parce qu’elles seraient fausses, mais parce qu’elles rendent impossible le seul exercice qui apprenne quelque chose : vérifier qu’un aspect précis correspond à quelque chose de précis.

Un cas particulier : les aspects hors signe

Une planète à 29° du Taureau et une autre à 1° de la Vierge sont à 92° : c’est un carré selon l’orbe, mais Taureau et Vierge sont en trigone par signe. L’astrologie ancienne, qui raisonne en signes entiers, n’y voyait pas un aspect du tout. L’astrologie moderne, qui raisonne en degrés, le compte. Les deux lectures se défendent, et la plus honnête consiste à noter le désaccord plutôt qu’à le masquer.

Quelle orbe utiliser pour une conjonction au Soleil ?

Les tables courantes vont de 8 à 10°, parfois davantage. Un cas à part : une planète à moins d’un degré du Soleil est dite cazimi, au cœur du Soleil, et la tradition la considère comme renforcée, alors qu’entre 1° et 8° environ elle est dite brûlée et affaiblie. Le même écart de quelques degrés inverse donc le jugement.

Faut-il la même orbe en thème natal et en transit ?

Non. En transit, on resserre nettement : un à deux degrés, parfois moins, parce que la planète passe et que la question est de dater. En thème natal, l’orbe peut rester large, puisqu’on décrit une structure permanente.

Un aspect à 9° existe-t-il ou non ?

Cela dépend de la table, et c’est précisément ce qui gêne. Le plus sain est d’adopter une table, de s’y tenir, et de signaler les aspects limites comme tels dans la lecture plutôt que de les compter ou de les écarter en silence.